Le visuel de 2000 Fois Butterfly

Tamaki Miura, cantatrice japonaise (1884-1946), aurait interprété plus de 2000 fois le rôle de Madame Butterfly dans l’opéra de Puccini… Un texte original de Pierre-Alain Four inspiré par Le tour du monde en deux mille Butterfly  de Michel Wasserman

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Femme papillon, soprano de l’autre bout du monde et artiste libre, Tamaki Miura fut la première asiatique à interpréter Cio-Cio-San, la courtisane nippone imaginée par Puccini pour son opéra Madame Butterfly. De Londres à Moscou, des États-Unis à l’Italie, elle aura entre 1915 et 1935 interprété 2000 fois le rôle. Sillonnant un monde détraqué entre deux guerres mondiales, côtoyant les grandes figures de son temps, Tamaki Miura s’est aussi heurtée au conformisme du Japon d’alors et sa liberté sentimentale, artistique, fit d’elle une personnalité scandaleuse. Fascinée par le parcours de cette chanteuse à la destinée exceptionnelle et pourtant enfermée dans un unique rôle, une artiste lyrique d’aujourd’hui, interprétée par Cécile de Boever, raconte comment elle s’est prise de passion pour cette cantatrice et devient, ce soir, comme tous les soirs, Tamaki Miura… S’appuyant sur une création vidéo originale et donnant une large place à la musique, « 2000 fois Butterfly » propose une traversée lyrique entre orient et occident, entre hier et aujourd’hui.

Note d'intention

Fait de souvenirs embellis et de récit vrai, un beau monologue nous emmène sur les pas d’une artiste entière, qui se donne avec passion à la musique. Il est l’occasion de retracer une carrière méconnue en France – bien qu’au Japon, Tamaki Miura soit une véritable icône –, et d’évoquer, la vie d’une femme et son parcours d’artiste, parfois assez éloigné de l’idée que l’on peut s’en faire. Dans cette fiction biographique, dans cette confession, se dessine en creux le processus qui permettra, de rendre une interprète inoubliable, ou pas…  La comédienne et chanteuse qui interprète Tamaki Miura, dans une coda au spectacle, nous raconte sa fascination pour cette artiste hors norme, nous permettant d’entrer dans le processus de la création, de la transmission et du désir de chanter. Comment faire exister ici celle qui est déjà une légende au Japon ? Et quel portrait faire de cette artiste qui connaît une belle carrière mais dont la vie flirte dangereusement avec celle de son rôle fétiche ? Est-elle elle-même cette japonaise abandonnée en occident, assignée à réitérer un rôle sans jamais pouvoir s’en échapper ? Tamaki Miura est une narratrice à la fois sincère et qui cherche aussi à laisser une image plus lisse que ne le fût peut-être sa vie. Elle n’en retient que le meilleur, non pour s’ériger une statue, mais sans doute pour se protéger. Si elle tombe le masque du spectacle, ça n’est jamais qu’à demi. Sous ses mots modestes, affleure une vie parfois douloureuse, partagée entre 2  cultures, entre un mari et des amants, entre des rôles et un idéal de  vie.    

Musique

La musique tient évidemment une place prépondérante dans la réalisation de ce projet. Compte tenu de notre souhait de réaliser un portrait intime, « au plus près » des affects et des ambitions de Tamaki Miura, nous avons choisi de réaliser une version au piano des principaux airs qui apparaissent dans le spectacle. L’essentiel de la musique appartient au bel canto, mais on trouve aussi dans Butterfly des airs issus d’un répertoire populaire occidental ou japonais. Un des charmes et non des moindres de ce parcours dans la vie d’une cantatrice, est qu’il permet de passer d’un genre à l’autre avec une grande fluidité.

  • Vedrai piccolo amore, Madame Butterfly, Giacomo Puccini
  • Un bel di vedremo, Madame Butterfly, Giacomo Puccini
  • Con onor muore, Madame Butterfly, Giacomo Puccini
  • Le jour sous le soleil béni, Madame Chrysanthème, André Messager
  • Voglio il giardino mio, Iris, Pietro Mascagni
  • Mi chiamano mimi, La Bohême, Giacomo Puccini
  • Allerseelen, lied, Richard Strauss
  • Home sweet home, Henry Bishop
  • La lune sur les ruines du château, mélodie japonaise
  • The last rose of summer, folklore irlandais
Soprano : Cécile De Boever
Piano : Fabrice Boulanger
Création vidéo : Joran Juvin
Création maquillage : Jade Rodriguez
Lumières : Olivier Epp
Graphisme : Céline Ollivier
Consultant : Nobuyoshi Shima

 

Pierre-Alain Four : écriture et mise en scène

L’Aqueduc (Dardilly) – Création │1er décembre 2017 Auditorium André Malraux, Université Jean Moulin (Lyon) │3 4 et 5 avril 2018 Représentations et médiation   Janvier 2018 à juillet 2019 : spectacle en tournée

Mon premier succès, et mon premier scandale, je les dois à une bicyclette. Une bicyclette anglaise que m’avait offerte mon père. En kimono et jupe-pantalon d’étudiante, je me rendais à l’école de musique en vélo. Mais à Tokyo, les bonnes gens alentours ont vite jugé qu’il n’était pas acceptable qu’une jeune fille de mon milieu se déplace ainsi. Malgré les regards obliques, j’ai persisté à utiliser cette bicyclette qui a vite fait de moi une attraction, les gens se postant sur mon passage, pour me voir –ou m’entendre peut-être. Premiers airs en public. Premiers frissons oui. —————— Tamaki voix off et vidéo : A nouveau sur un bateau, à nouveau sur la route, entre 2 villes, 2 opéras, 2 récitals. A nouveau ces moments bénis, calmes, et si la mer le permet, ces moments où je peux enfin m’abandonner, me lier sans m’attacher à quelque passager qui voyage. Il y en a toujours un pour me connaître, pour m’inviter à boire un verre. Qui veut m’entendre, absolument, qui m’assure de sa curiosité. A ce bel homme brun, encore jeune je crois, qui était tellement chic dans son costume de lin, à cet autre, au regard qui insistait ouvertement sur ma gorge, ou à cet autre encore, dont j’ai oublié le visage car je ne pouvais cesser de fixer ses mains, j’ai parlé, le temps d’un voyage. A l’un mon enfance, à l’autre mon premier opéra, à celui-là ma vie avec Franchetti, à celui-ci mes tournées en Amérique du Sud. —————— Quand j’y pense, j’ai toujours résisté à ce qui m’était destiné. Mon père, quand il m’a inscrite au collège pour jeunes filles Joggakan, n’avait pas prévu, malgré l’initiation au buyo et au naga-uta que j’avais reçue, que ma professeur de musique remarquerait ma voix et me dirigerait vers l’école de musique de Tokyo. Les disciplines artistiques ne pouvaient être aux yeux de mon père qu’un ornement, pour complaire à mon futur mari. Mais la musique, le chant m’ouvraient bien d’autres horizons que ceux qu’il avait en tête pour moi. J’ai appris à composer avec son autorité. Quand il a conditionné l’inscription à l’école de musique à un mariage avec Zen-ichi Fujii, médecin dans l’armée japonaise, j’ai accepté. Puis j’ai laissé partir mon mari en mission, refusant de l’accompagner.